Alors que je reprenais, encore une fois, mon apprentissage de l’arabe, j’ai été surprise de constater que, cette fois, je n’avais pas tout perdu. Deux ans de plus dans un pays arabophone (honte totale, deux ans… honte, en arabe (Darija plutôt ?) est Hashouma, un mot que nous utilisons beaucoup ici) m’a permis, inconsciemment, de mieux comprendre les différences de prononciation et de pouvoir déchiffrer les mots assez rapidement. Une très bonne surprise pour moi, car cela me permet de passer facilement à la case « apprendre le vocabulaire ». Disons que je ne « lis » pas parce que je ne connais pas assez de mots pour vocaliser correctement, mais je sais comment identifier les lettres d’un mot, avec un peu d’oubli.
Je jongle avec l’arabe standard, le levantin et le darija
J’ai remis la main sur mes chaînes YouTube favorites et passé une nuit entière à explorer chaque vidéo, classeur de notes à portée de main. Trouver des ressources vraiment solides pour apprendre l’arabe, surtout le darija marocain, en français, relève presque de l’exploit. Malgré tout, j’ai déniché une chaîne libanaise qui se marie parfaitement avec le travail de Maha. Derrière, une équipe à Beyrouth qui vise le quotidien, l’arabe urbain, très éloigné de la darija telle qu’on la pratique au Maroc.
Ce grand écart ne me décourage pas,au contraire. Plutôt que de m’embrouiller, mettre côte à côte arabe standard, shami (levantin) et darija maghrébine m’aide à saisir chaque rouage de la langue. Petite vigilance, tout de même : j’évite de retenir trop de mots en dialecte levantin (aucune intention de voyager là-bas pour l’instant, et jongler déjà entre arabe standard, darija et berbère, c’est bien assez !).
Levantin
Petite anecdote : le mot achamya, rencontré parfois, vient de la même racine que « Shaes », pour le soleil, c’est une façon de parler de l’Est, là où le soleil apparaît. L’arabe fonctionne beaucoup ainsi : une racine, une forme, puis un glissement de sens. Les Français ont leur propre équivalent, avec le « Levant ». Côté méthodes, les vidéos de cette équipe sont structurées, là où Maha préfère la spontanéité ; selon le besoin, on gagne en précision ou en naturel. L’un complète l’autre.
Sur le plan graphique, ces enseignants n’ont pas ménagé leurs efforts : police de caractères conçue pour lire facilement, alternance entre lettres latines et arabes sans rupture de taille ni de style. Ce genre de détails me donne envie de moderniser mes supports… Plus marquant encore, ils proposent un livret en PDF où l’écriture s’éclaire autrement. J’y ai trouvé des détails rarement abordés : placements de points, différences fines, astuces de tracé. Ma capacité à relire l’arabe après quelques semaines sans pratique y gagne considérablement. Je repense à mes premières difficultés, enfant, pour distinguer des doubles « m », des « n » en série, ou un improbable « mn », comme dans « anamnèse », ces bizarreries qui font tout l’intérêt de l’alphabet.
Les points qui différencient les lettres
À la découverte de l’alphabet arabe, on apprend d’abord à tracer chaque lettre seule. Les fameux points, qu’il y en ait un, deux ou trois, tombent pile au centre. Mais lorsqu’il faut les enchaîner au cœur d’un mot, le tableau se complique aussitôt : subitement, certaines lettres deviennent quasi jumeaux. Prenons la série Ba, Ta, Tha : selon la place des points, tout bascule. Un rien de distraction, et le même trait donne une lettre, puis une autre.
Mais il y a un principe qui aide vraiment : au milieu d’un mot, les points se placent bien en dessous ou au-dessus de la première ligne d’écriture. Essayez : la confusion sur les premiers mots fond comme neige au soleil.
Les points des lettres
Chaque détail compte, à l’oral comme à l’écrit. Ce qu’on appelle « points de lettre » en arabe sont des signes diacritiques, au même titre que ceux qui signalent des voyelles. Tout leur sens vient du tracé : sans eux, deviner la prononciation deviendrait un casse-tête. On distingue la forme brute, dites « Rm », qui rassemble des familles de lettres, puis ces points, les « ijam », indispensables à la reconnaissance. Ensuite, viennent les marques de vocalisation.
Les débutants butent souvent aussi sur la forme des barres, au départ et à la fin des lettres. Voilà comment elles se distinguent, par exemple sur les lettres Ba, Noun ou Sin dans un mot comme كبير (Kabir) :
- La barre de droite démarre droite, voire en angle droit pour le Ba, par rapport à la ligne du mot.
- La barre de gauche, elle, tombe en arrondi et repart vers l’intérieur.
- En longueur, le Ba s’étire (jusqu’à trois points !) quand le Noun reste plus compact.
- Le Sin, quant à lui, a ses deux premières sections resserrées.
- Et sur une police soignée, les trois traits du Sin se raccourcissent sensiblement, dans un mouvement incliné.
Prendre en compte ces nuances sans viser la calligraphie professionnelle, cela présente plusieurs avantages :
- On s’oblige à voir chaque détail.
- On gagne en vitesse de lecture, une fois ces différences intégrées.
- Et surtout, reprendre la lecture après une longue pause redevient tout à fait accessible.
Les proportions par rapport à la ligne médiane
Quand on passe de l’alphabet latin à l’écriture arabe, le contraste est marqué. Les carnets Seyès et les petits carreaux que l’on connaît deviennent inutilisables, tant la structure des lettres diverge. En écriture Seyès, quatre intervalles rythment chaque bande ; en arabe, tout est question de tiers : deux espaces au-dessus de la médiane, un seul en dessous, et souvent, ce dernier est réduit de moitié, car la queue de la lettre ne descend jamais au plus bas.
À gauche, les repères Seyès en gris ; à droite, le système adopté pour l’arabe. Ce dessin reste imparfait, mais la différence d’équilibre saute aux yeux.
En alphabet latin, la page est découpée en cinq lignes : trois au-dessus de la base, deux en dessous. Les minuscules occupent juste un interligne, alors que les lettres arabes s’étalent davantage. Le schéma est simplifié, pourtant cette répartition impacte la lisibilité : avec une même taille de police, l’arabe paraît plus petit, moins net aux yeux du lecteur non averti. Pas étonnant que les plateformes arabisantes opèrent souvent avec des tailles de caractères amplifiées.
Mon astuce : fuyez les Seyès et même les petits carreaux, trop distrayants pour l’œil. S’il n’existe pas de modèles d’écriture sous la main, choisissez des feuilles lignées sobres et bien espacées. C’est tout l’alignement du regard et du poignet qui en sort gagnant.
Écrire en arabe, c’est changer de perspective : distinguer ce qui est utile, s’arrêter sur des détails que l’on ne voyait pas, se laisser apprivoiser par une logique graphique inédite. Au début, l’appréhension et le flottement dominent. Et puis, graduellement, points et lignées se répondent, les lettres s’organisent, et une part du voile se lève, comme lorsqu’on franchit une vieille porte grinçante pour retrouver la lumière intérieure de la pièce.

