Personne n’aurait parié sur un phénomène de cette ampleur. Pourtant, le manga japonais a conquis la planète, dépassant de loin ce que ses pionniers pouvaient imaginer. Format proche de la bande dessinée américaine, récits de guerriers, univers de légendes : la recette a séduit partout, bien au-delà du Japon. Les adaptations en séries et en films ont élargi le cercle, ralliant chaque semaine une foule de passionnés devant les nouveaux épisodes.
Parmi les titres qui ont marqué ces dernières décennies, Berserk occupe une place à part. Conçu par Kentaro Miura, le manga a vu le jour en 1989 et depuis, la communauté n’a cessé de s’étendre, jusqu’aux quatre coins du globe. L’Europe en a fait l’un de ses favoris, et la France s’est imposée comme l’un des bastions de Berserk hors du Japon. Il suffit de jeter un œil au nombre de tomes de Berserk édités à ce jour : 41 volumes, un rythme de publication qui colle à celui de l’édition originale. Le phénomène ne se dément pas.
Qu’adviendra-t-il de Berserk?
Le 6 mai 2021 a laissé une marque difficile à effacer pour la communauté Berserk. Ce jour-là, Kentaro Miura disparaît, laissant derrière lui une œuvre inachevée et des milliers de lecteurs et spectateurs, attachés à l’univers sombre et torturé de Guts. Entre les pages du manga, sur le grand écran ou devant les épisodes animés accessibles sur les plateformes comme Netflix, tous redoutaient la même chose : la fin précipitée d’une saga devenue culte.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Rapidement, l’annonce d’une reprise du manga a circulé. Les membres du Studio Gaga, anciens assistants de Miura, prennent le relais. Un encadrement assuré par des proches de l’auteur, porteurs de ses dernières confidences sur l’avenir du récit, garantit une continuité. On ignore s’il existe un volume inédit prêt à être publié ou si la suite s’appuiera sur les ultimes chapitres signés de la main de Miura. Quoi qu’il en soit, la saga poursuivra sa route, laissant le public retrouver l’atmosphère unique de Berserk pour encore quelques années. Quant à savoir si le style de Miura survivra à sa disparition ou si une nouvelle identité s’imposera, il faudra attendre les prochains chapitres pour le découvrir.
L’empreinte de Miura
Impossible d’évoquer le manga contemporain sans parler de l’influence de Miura. Le sillage de Berserk ne s’arrête pas aux frontières du papier : il a nourri l’imaginaire d’une génération d’auteurs, inspirant des œuvres entières, parfois très abouties, qui rendent hommage à la force de l’original.
L’impact de Berserk se mesure aussi dans l’univers du jeu vidéo, où de nombreux titres reprennent à leur manière les codes de l’œuvre : mondes ténébreux, magie noire, démons, affrontements surnaturels. La liste des jeux inspirés par Miura s’étend loin, même si le lien n’est pas toujours affiché : Final Fantasy, Dark Souls, Devil May Cry ou Dragon’s Dogma en sont des exemples frappants. Plusieurs créateurs ont d’ailleurs reconnu puiser directement dans l’ambiance et les thématiques développées dans Berserk.
Dans l’animation japonaise, l’exemple d’L’Attaque des Titans parle de lui-même. Hajime Isayama, son créateur, n’a jamais caché combien Miura a compté dans son parcours. L’univers sombre, l’épaisseur psychologique des personnages, la richesse de la narration : autant de portes ouvertes par Berserk qui ont permis à une nouvelle génération de mangakas de repousser les limites du genre.
Au-delà du manga et du jeu vidéo, Berserk a laissé son empreinte dans des sphères inattendues. Certains groupes de metal, fascinés par l’épopée de Guts, ont dédié des morceaux entiers à ses aventures. Leur public s’est élargi, attiré par la puissance des récits tirés de l’œuvre de Miura.
Le destin de Berserk reste suspendu à l’attente de chaque nouveau chapitre. Entre héritage et renouveau, l’œuvre avance, portée par des héritiers attentifs et une communauté qui refuse de tourner la page. Le prochain tome, dès sa sortie, dira si le mythe continue de s’écrire ou s’il faudra apprendre à relire les ombres qu’a laissées Miura derrière lui.

