Un chiffre brut, sans détour : votre foie mettra près d’une heure à éliminer un simple verre d’alcool. Loin des idées reçues, la persistance de l’alcool dans l’organisme joue les prolongations et réserve parfois des surprises, surtout lorsqu’il s’agit de tests.
Lorsqu’on consomme de l’alcool, il faut savoir que la métabolisation ne se fait pas à la même vitesse pour tout le monde. Pour un adulte en bonne santé, le foie s’occupe d’environ un verre par heure. Un verre, c’est généralement 340 ml de bière à 5 % ou 140 ml de vin à 12 %. La règle paraît claire : chaque verre s’efface au bout d’une heure… sur le papier. Mais en réalité, les traces d’alcool, elles, s’attardent bien plus longtemps, et ça compte, notamment lors d’un contrôle ou d’un examen médical.
Voici ce qu’on constate avec différents tests : les délais de détection de l’alcool s’étirent parfois bien au-delà de la sensation d’ivresse :
- Dans l’urine, l’alcool reste détectable jusqu’à 80 heures.
- Pour les cheveux, les follicules gardent la trace de l’alcool jusqu’à trois mois.
- Dans le sang, il peut être repéré jusqu’à 24 heures après la dernière consommation.
Tests d’alcoolémie : comment l’alcool est traqué
Plusieurs méthodes existent pour repérer la présence d’alcool. Les substances analysées sont variées :
- Urine
- Sang
- Salive
- Sueur
- Respiration
- Follicules pileux
Quel que soit le prélèvement, la plupart des analyses ciblent deux marqueurs : l’éthanol, ou son métabolite, l’éthylglucuronide (ETG).
Alcool et urine : deux tests, deux histoires
La durée de détection de l’alcool dans l’urine dépend du type de test réalisé. Deux options principales existent, qui n’offrent pas les mêmes fenêtres de repérage.
Test d’urine à l’éthanol
Le foie élimine la majeure partie de l’alcool absorbé, mais une partie s’échappe via l’urine, la sueur et la respiration. Après avoir bu, il faut compter jusqu’à deux heures avant que l’éthanol ne soit présent dans l’urine. Une fois détectable, il y reste généralement jusqu’à 12 heures. À noter toutefois : la concentration d’éthanol dans l’urine est souvent inférieure à celle mesurée dans le sang.
Les tests d’éthanol urinaires peuvent parfois donner des résultats faussés. Voici quelques situations propices aux faux positifs :
- Diabète
- Infection à levures
- Infection urinaire
- Urine conservée à température ambiante trop longtemps
Test urinaire ETG (éthylglucuronide)
L’éthylglucuronide est un marqueur produit par le foie lors de la dégradation de l’alcool. Ce test s’utilise quand il s’agit de vérifier une abstinence totale, sans se soucier du moment exact de la consommation. L’ETG tient bien plus longtemps que l’éthanol : il peut être détecté dans l’urine dès huit heures après la prise d’alcool, et jusqu’à 80 heures par la suite. C’est donc un outil privilégié lorsque l’objectif est de vérifier qu’aucune trace d’alcool n’est présente, mais il manque de précision sur la date de la consommation. Par exemple, dans un contexte de suspicion de conduite en état d’ivresse, ce test n’indique pas si l’alcool a été bu récemment ou la veille.
Alcool et cheveux : des traces durables
Les cheveux et les ongles conservent la mémoire de l’alcool longtemps après sa consommation. Grâce au test ETG, les traces peuvent persister jusqu’à trois mois. Il existe cependant des biais : l’utilisation de produits contenant de l’alcool, comme certains bains de bouche, ou l’ingestion de désinfectants à base d’alcool, peuvent entraîner un résultat positif.
Alcool et sang
La détection de l’alcool dans le sang varie selon les circonstances. Avec un test ETG, la présence d’alcool peut être repérée jusqu’à 36 heures après la dernière consommation, mais la période la plus fiable se situe entre 6 et 12 heures.
Alcool et salive
Dans la salive, l’alcool laisse une empreinte détectable grâce au test ETG durant plusieurs heures après avoir bu. Ce test permet de confirmer une consommation d’alcool, mais sans indiquer le taux d’alcoolémie précis.
Alcool et haleine
Les éthylotests, si familiers lors des contrôles routiers, mesurent l’alcool expiré et reflètent le taux d’alcool dans le sang. Pour limiter les biais, il est recommandé d’attendre 15 minutes après avoir bu et une minute après avoir fumé avant de souffler dans l’appareil.
Alcool et allaitement
Pour les femmes qui allaitent, la prudence s’impose. Même si la solution la plus sûre reste de ne pas consommer d’alcool, il est conseillé d’attendre au moins deux heures après un verre avant d’allaiter ou de tirer son lait. Précision : tirer et jeter le lait n’accélère pas l’élimination de l’alcool. Et la recommandation reste claire : pas plus d’un verre par jour pendant l’allaitement.
Ce qui influence la durée de présence de l’alcool
La façon dont l’alcool s’attarde dans l’organisme dépend de plusieurs paramètres :
- Sexe
- Prise de nourriture avant la consommation
- Poids corporel
Le corps masculin contient plus d’eau, ce qui favorise une meilleure tolérance à l’alcool. Les hommes possèdent aussi davantage d’enzymes pour le métaboliser. Manger avant de boire permet de ralentir l’absorption de l’alcool dans l’intestin grêle, ce qui limite la hausse rapide du taux d’alcoolémie. Enfin, le poids joue un rôle déterminant : plus on pèse, plus il faut d’alcool pour atteindre un certain taux dans le sang. Mais attention, si ce poids provient surtout de la masse grasse, l’alcool reste cantonné dans le sang et n’est pas absorbé par les tissus adipeux.
Alcool et poids : la nuance à connaître
En général, une personne au poids élevé devra boire davantage pour faire grimper son taux d’alcoolémie. Mais il y a une subtilité : si le surpoids est majoritairement dû à la graisse, cette règle ne s’applique plus, car l’alcool ne s’accumule pas dans la graisse, mais circule dans le sang. Résultat, même avec un gabarit imposant, l’ivresse peut survenir aussi vite que chez une personne plus mince.
Face à la dépendance : demander de l’aide
L’alcool peut piéger, inciter à cacher des habitudes qui deviennent pesantes. Se tourner vers un médecin ou se renseigner sur les centres spécialisés permet d’en parler et d’accéder à un accompagnement adapté. Rester seul face à la dépendance n’est jamais une fatalité.
Le temps fait son œuvre, mais les traces d’alcool, elles, ne disparaissent pas d’un claquement de doigts. Entre le verre partagé et le test à venir, la mémoire du corps reste tenace. L’ombre d’un simple apéritif peut se prolonger bien au-delà du moment où les verres se reposent sur la table.

